Situation excentrée ne
rime pas forcément avec manque d’attractivité. Les registres de la commune
de Grandvillard, à douze kilomètres de Bulle, le prouvent, année après
année, avec une population résidente qui a augmenté de moitié depuis le
début du XIXe siècle. Le village est passé de quelque 400 âmes en 1811 à
640 aujourd’hui.
Ce phénomène s’est accentué à partir des années 1980,
la population ayant augmenté de plus de 130 habitants en vingt ans. Une
expansion qui s’est accompagnée de nouvelles infrastructures. «Deux à
trois maisons se construisent chaque année dans notre village. Cela
implique des adaptations au niveau des bâtiments scolaires, du réseau
routier et de l’approvisionnement en eau», relève le syndic, Pascal
Moënnat.
Avec son école, sa poste, sa banque, son bâtiment communal,
son épicerie, sa boulangerie, sa boucherie, sa fromagerie, son hôtel, ses
deux restaurants, son fitness et son physiothérapeute, la commune se dit
prête à absorber les habitants que les quatre nouveaux quartiers mis sur
le marché depuis le début des années 2000 devraient accueillir ces
prochaines années. Le prix du mètre carré varie entre 85 et 95
francs
Difficile
homogénéité
L’expansion de Grandvillard a ceci de particulier
qu’elle s’inscrit dans un site d’intérêt national, le cœur du village
figurant dans l’Inventaire fédéral des sites construits à protéger en
Suisse (ISOS). «La difficulté de l’aménagement est de sauvegarder et de
mettre en valeur notre patrimoine historique, tout en permettant au
village de se développer. Les quartiers récemment aménagés sont
l’aboutissement de toute une réflexion», note Pascal Moënnat. D’autant que
bâtiments du XVIIe siècle et architecture contemporaine ne font pas
forcément bon ménage.
Dans le but d’harmoniser l’intérieur de
l’agglomération et les zones d’extension prévues par le plan d’aménagement
de 1974, un projet de plan de quartier pour des villas familiales à
proximité du village avait été soumis par la commune de Grandvillard, dans
le cadre de l’année européenne du patrimoine architectural de 1975. Le
bureau d’architecture mandaté pour ce concours proposait de réaliser le
quartier situé au sud du village, sur des parcelles étroites et allongées.
Solution qui présentait le double avantage d’une utilisation maximale de
l’espace et d’un équipement des terrains réduit.
La silhouette du
quartier de Praz-Neirivue, dont les proportions et le type d’implantation
auraient dû rappeler le centre du village, n’a pourtant jamais vu le jour.
«Ce concept de lotissement approuvé en 1977 a dû être abrogé au bout de
trois ans, car personne ne voulait vivre dans ce type d’habitations
contiguës», regrette Pascal Moënnat. Une fois planifié en quartier de
villas traditionnel, le lotissement trouva des acquéreurs.
Afin
d’assurer une meilleure réglementation, Jean-Daniel Urech, l’urbaniste qui
plancha sur le cas de Grandvillard dans les années huitante, conseilla la
réalisation d’un plan d’aménagement de détail (PAD), pour les terrains à
bâtir autour du noyau historique du village.
Aménager une zone à bâtir
est une tâche ardue, ainsi que l’explique le syndic: «Quinze années ont
été nécessaires à l’étude et à l’approbation du plan d’aménagement local
(PAL) qui a exigé un important travail de la part de la commission
d’urbanisme».
Peu à peu, les quartiers de la Fin des Praz, de la
Planchette, de la Fin du Moulin et dernièrement celui des Sappaleys (voir
encadré) sont sortis de terre. D’autres projets ont été menés
parallèlement, dans le but de conserver le patrimoine rural de la commune.
Ainsi le concours d’architecture réalisé en 1993 afin de réhabiliter les
ruraux abandonnés par les paysans à l’époque du remaniement
parcellaire.
Conservation et construction sont le reflet d’une
réflexion sur l’urbanisme, menée par les autorités cantonale et communale,
les urbanistes mandatés et les propriétaires de terrains qui participent à
l’élaboration des PAD. Reste que si l’on en croit la secrétaire communale,
Jeannette Beaud, «l’architecture, c’est comme la littérature, tout est une
question de goûts».
Regard d’urbaniste
Trois questions à Christian
Wiesmann, urbaniste cantonal, concernant le développement des
villages.
– Quelle est la
politique cantonale en matière d’aménagement du territoire?
On
parle depuis les années 1970 de décentralisation concentrée, avec une
volonté de concentrer plutôt que de décentraliser. Ceci pour des raisons
économiques et de développement durable. Le grand problème est que les uns
y voient 10% de décentralisation et 90% de concentration tandis que les
autres le contraire. La question est de savoir jusqu’où on va
décentraliser.
– Les villages
vont-ils poursuivre leur croissance?
Le Plan directeur cantonal le
permet. Je trouve pour ma part qu’il faut commencer à se demander à quoi
ça sert de passer de 400 à 500 habitants? D’autant que ce n’est qu’à
partir de 2000 habitants que l’infrastructure socio-économique devient
suffisante: cafés, magasins, administration communale, médecins… Alors
pourquoi tout village devrait-il forcément croître?
– Pourra-t-on
continuer longtemps avec le concept villa individuelle?
Le canton
n’a rien à dire à ce sujet, les communes étant autonomes dans leur
aménagement. Je préconise pour ma part des aménagements de quartier à
haute densité, où la qualité de vie est supérieure à celle d’un quartier
de villas. Economiquement, les frais liés aux infrastructures sont
divisés. Ecologiquement, une centrale de chauffage pour 40 personnes
pollue moins tout en étant plus efficace. Socialement, ce genre de
quartier favorise les contacts entre les familles. Pour le développement
durable, il n’y a rien de mieux! Mais ça n’est pas encore entré dans les
mœurs. Du moins pas en Suisse romande. Les Suisses allemands sont souvent
plus ouverts à la vie communautaire.
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Les Sappaleys |
Cinquième
quartier de villas à être mis sur le marché à Grandvillard, le
lotissement des Sappaleys a nécessité un investissement de plus d’un
million de la part des 16 propriétaires réunis en vue de
l’élaboration du plan d’aménagement de détail (PAD). «Cette somme
correspond à la création des voies d’accès et aux infrastructures
nécessaires aux constructions à venir», explique Emile Borcard, qui
a présidé durant deux ans le comité de l’Association des
propriétaires des Sappaleys. Une fois le PAD approuvé, un plan
d’équipement de détail (PED) a été établi, en vue d’attribuer les
travaux. Ces derniers ont été achevés en juillet dernier. La
majorité de ce lotissement divisé en 37 parcelles (35000 m2) étant
déjà réservée, c’est une quinzaine de parcelles qui sont mises sur
le marché. Si on les ajoute à celles encore disponibles dans les
quartiers de la Fin des Praz et de la Fin du Moulin, une trentaine
de villas devraient éclore ces prochaines années autour du centre
historique de Grandvillard. Alors comment attirer les futurs
acquéreurs? Les arguments d’Emile Borcard se veulent percutants: un
village bien équipé en commerces, une vie associative active et
variée et une fiscalité
attractive. |